Il y a quelques temps, une lectrice m’a gentiment envoyé le livre “Faire le ménage chez soi, faire le ménage en soi” de Dominique Loreau. Cette auteure est assez connue dans le domaine du minimalisme. Elle a publié une série de livre, dont plusieurs qui commencent par “L’art de…” (la simplicité, la légèreté, l’essentiel…).

En découvrant Faire le ménage chez soi, faire le ménage en soi, je m’attendais à un livre plus global qui traiterait de minimalisme, de désencombrement, d’organisation. Finalement, ce livre, comme l’indique son titre, est vraiment complètement axé sur le ménage au sens premier (nettoyyeeeer, balayeeer, astiqueeeer, casa toujours pimpaaaante #référencedevieille).

Le livre de développement personnel… à travers le balai et la serpillère

Je vais te donner mon avis sur ce livre. Tout d’abord, c’est un livre de développement personnel, et généralement je n’accroche pas à ce genre de bouquins. On y considère souvent que nous sommes tous pareils et qu’il y a une manière de faire bien les choses : celle de l’auteur. On y lit souvent (parfois plus subtilement) qu’il “faut faire (comme) ça pour être épanoui, heureux, bon…”.
Déjà je n’aime pas les injonctions et je pense que ce qui me convient ne convient pas nécessairement au voisin. Si j’insiste sur ce point, c’est parce que je trouve que ce livre est justement particulièrement fermé et étroit d’esprit, limite sectaire, et j’y ai retrouvé les caractéristiques du livre de développement personnel que je n’aime pas du tout.

Une autre caractéristique du (mauvais?) livre de développement personnel, c’est le fait de faire beaucoup de blabla, de longues phrases et de répétitions pour dire quelque chose de finalement très simple. Assez marrant quand on sait que l’auteure est spécialiste des sujets qui touchent au minimalisme. J’ai vraiment l’impression qu’elle a meublé pour faire un livre de quelque chose qui aurait pu tenir en quelques pages.

Le guide de la ménagère parfaite

La première partie du livre (environ 1/3 du volume) est vraiment purement et simplement consacrée à la nécessité de faire le ménage et d’avoir un intérieur impeccable. Faire le ménage, c’est la vie, c’est pour ça que dans notre société actuelle, on n’est plus heureux, le travail ce n’est pas épanouissant, sortir ça nous empêche de faire le ménage, et donc d’être heureux. Bref, le ménage devrait avoir une place centrale dans notre vie de femme vu son importance (il faudrait même le faire un peu tous les jours #killmenow). C’est là le résumé du message du livre.

J’avoue, je ne suis pas une grande fan du ménage. Quand j’ai le temps et la motivation, ou un besoin de “place nette”, je m’y mets et oui je suis contente de constater le résultat après, mais je considère qu’il y a quand même beaucoup plus intéressant/gratifiant/épanouissant à faire dans la vie. Donc clairement, cette partie du livre m’a soûlée, surtout que le style est très lourd car on brode beaucoup, c’est long à lire.

La femme et son rôle domestique

Et sexiste. L’auteure insiste souvent sur le fait que le ménage est le rôle de la femme, que c’est naturel chez nous et qu’il faut que la femme moderne retrouve son élan naturel de ménagère.

Donc, cette première partie en particulier, en plus d’être assommante, est ponctuée d’affirmations hyper sexistes et réductrices pour la Femme. Ça me choque particulièrement venant d’une femme justement. Pour l’histoire, il faut savoir que l’auteure vit au Japon depuis longtemps et s’inspire beaucoup de cet aspect de sa vie dans son récit. Au Japon, les femmes qui ont des enfants arrêtent généralement de travailler pour s’occuper du foyer tandis que l’homme passe de longues heures au travail.
Finalement, étant sensible au sexisme, j’ai pris encore plus de recul vis à vis du livre et j’ai eu du mal à lire la suite sans être sur la défensive et avec un regard négatif.

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Le kit minimaliste pour faire le ménage

Il y a quand même une petite partie du livre qui m’a intéressée (25/30 pages), où l’auteure traite du minimalisme dans le ménage, le fait de ne pas acheter plein de produits ménagers industriels alors qu’on peut tout faire avec du vinaigre, du bicarbonate de soude, du savon noir et une huile essentielle. Dans cette partie, elle donne toutes les utilisations possibles de ces différents produits dans la maison. Elle est très complète et intéressante. Elle parle aussi du minimalisme dans les accessoires ménagers ainsi qu’une astuce sympa qui est de se faire un petit “panier ménage” facile à transporter d’une pièce à l’autre.

Ensuite on replonge dans une partie du livre inintéressante où elle décrit comment bien faire chaque tâche ménagère, comment étendre le linge, comment passer le balai… pour être honnête j’ai survolé cette partie sans vraiment m’y intéresser.

Encore un peu de sexisme ordinaire

A mon grand étonnement suivait un chapitre intitulé “Une tâche typiquement féminine ?” Une partie sur les inégalités dans les tâches ménagères aurait eu beaucoup d’intérêt, malheureusement l’auteure aurait pu résumer ce chapitre par “Oui.” et passer au suivant.

Le chapitre est très genré, l’auteure affirme encore, pour résumer, que le ménage c’est dans nos gènes (comme le rose et jouer aux Barbies ?). Je cite :
Le rêve de l’homme est de partir à l’aventure, d’expérimenter, de découvrir, d’être libre
Ce qui apparemment n’est pas censé être le cas de la Femme. La Femme rêve de faire le ménage apparemment.
Je cite encore :
Cela semble un peu schématique et caricatural (…) mais repose sur une réelle différence entre le cerveau masculin et le cerveau féminin.” (…) “S’occuper de la maison n’est pas naturel pour un homme.”
Il faudrait rappeler à l’auteure que s’il existe une différente fondamentale entre les hommes et les femmes, elle se situe environ à l’entre-jambe, et qui si le ménage a toujours été “naturel” pour les femmes, c’est parce que les femmes enfantent et pas les hommes. Finalement cette différence fondamentale fait que les femmes restent plus à la maison (pendant la grossesse, pendant la petite enfance, et aujourd’hui encore s’il faut quitter son boulot ou prendre un temps-partiel, c’est souvent la femme qui le fera, pas toujours par envie contrairement à ce qu’on pourrait croire mais bien par “normalité”). Rapidement, le ménage est devenu la tâche des femmes. Après tout, si elles restent à la maison pour élever les enfants (ou juste le temps de se remettre de leur grossesse…), elles n’ont qu’à faire le ménage.

Aujourd’hui les femmes travaillent à temps plein, toutes n’ont pas d’enfants, parfois même les papas prennent un temps partiel pour s’occuper des enfants et de la maison pendant que maman va travailler, bref on avance dans l’égalité des sexes. Le livre date pourtant de 2011 et pas des années 1950.

Donc non, remettons les choses à plat, un bébé de sexe féminin ne naît pas avec l’aptitude innée au ménage. Il y a des femmes souillons, et des hommes maniaques, et toute une palette de nuances entre les deux.

Par contre, en écrivant ce genre de choses, on conforte les gens dans les idées sexistes et genrées. Ce chapitre se veut politiquement correcte et pseudo-moderne mais mets un grand coup de poing dans la face de l’égalité des sexes.

Je cite encore :
Une règle simplifierait bien les problèmes de couple au sujet du ménage : que les hommes versent un salaire à leur femme pour le travail domestique, la garde des enfants, le soin apporté éventuellement aux parents. Beaucoup de problèmes se trouveraient alors résolus.”

Ma tête a explosé. RIP.

kikou je vé te sodomisé avek du jinjembre é apré tu fra la vaissel, ms tkt je paye
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La dernière partie du livre est une répétition du début dans d’autres mots, le ménage c’est zen, c’est mieux de profiter de son chez-soi propre que de sortir, c’est ça la vraie vie. J’ai survolé aussi.
Je suis trop dure ou bien ?

Deuxième tentative : L’art de la simplicité

Comme je suis un peu maso, j’ai donné une seconde chance à Dominique Loreau, qui est louée dans le domaine du minimalisme. Beaucoup de femmes témoignent du fait que ses livres, ou l’un d’eux, les a aidées à se lancer dans le désencombrement et la simplicité. Certaines malgré leur conscience du sexisme présent dans ces ouvrages, certaines ne s’étant pas arrêtées à cela. Il n’y a qu’à voir les commentaires sur Amazon pour se rendre compte que la plupart des lectrices y ont trouvé quelque chose de révélateur.
L’art de la simplicité semblait intéressant : on y parlait autant de minimalisme que de sobriété et de simplification. Tout ce que j’aime et que je recherche ! Pourtant je lui ai trouvé les mêmes défauts que le livre lu précédemment, et d’autres raccourcis (comme le fait de louer l’alimentation japonaise et donc de se contenter d’un bol de riz comme repas…).
Ce que je déplore également, c’est qu’il faudrait tout simplifier, tellement que c’en est parfois un peu anecdotique (ne rien faire, contempler le mur devant soi…), par contre par question pour une femme de ne pas être élégante : il faut absolument se maquiller et s’habiller selon son âge. J’ai trouvé ça complètement incohérent. Au final, les femmes se retrouvent à devoir faire le ménage et se pomponner, mais à ne rien faire d’autre. Attendez, j’ai déjà vu ça quelque part moi…
Ces livres relèvent plus de “la manière de vivre de Mme Loreau” que d’une guide sur le minimalisme finalement.
En bref, des ouvrages qui demandent… beaucoup de légèreté pour être appréciés.

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