J’ai un pote qui, à chaque fois que le sujet vient sur le tapis, me dit “Je ne suis pas pour le féminisme ou l’égalité des sexes, je suis plus pour l’équité, bla bla bla…”. Outre le fait que ce genre de “débat” sémantique nous éloigne du sujet principal (et nous permet donc de ne pas nous attarder sur la question), il soulève également un problème récurrent quant à la signification des différents termes liés au féminisme, à l’humanisme, à l’égalité…

Donc pour débuter une série d’articles sur l’égalité des sexes, un glossaire des termes couramment utilisés en matière de féminisme, d’inclusion, de diversité… me semblait bien nécessaire.

S’informer sur le féminisme permet de répondre avec plus de sang froid aux détracteurs qui cherchent la moindre brèche pour décrédibiliser le mouvement.

J'ai publié un glossaire reprenant 8 définitions pour mieux comprendre le #féminisme, l'inclusion, l'égalité, le sexisme… – The Flonicles Cliquez pour tweeter

Féminisme, machisme, masculinisme, sexisme

(1) Féminisme

Synonyme : émancipation.

On pourrait croire que “féministe” est une insulte tant le mot fait peur. A certains hommes, car ils pensent encore que féminisme = haine des hommes et émasculation, à certaines femmes, parce qu’elles ont peur de faire peur aux hommes. Il est bon de commencer par souligner que le féminisme ne prône pas la misandrie et n’est pas un mouvement misandre.

Quelques définitions officielles pour le prouver :

Mouvement social qui a pour objet l’émancipation de la femme, l’extension de ses droits en vue d’égaliser son statut avec celui de l’homme, en particulier dans le domaine juridique, politique, économique; doctrine, idéologie correspondante.

cnrtl

Mouvement militant pour l’amélioration et l’extension du rôle et des droits des femmes dans la société.

Larousse

Doctrine qui préconise l’égalité entre l’homme et la femme, et l’extension du rôle de la femme dans la société.

Google

Le féminisme est un ensemble de mouvements et d’idées philosophiques qui partagent un but commun : définir, promouvoir et atteindre l’égalité politique, économique, culturelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes.

Wikipédia

Le féminisme est donc un mouvement d’égalité. Or le mot “égalité” dérange déjà dans ce contexte, car hommes et femmes sont biologiquement différents, avec les quelques différences innées que cela engendre (force physique, capacité à être enceinte, sexe biologique, bien que la notion de genre puisse encore nuancer le propos…).

Comme le précisent bien certaines de ces définitions, le féminisme recherche l’égalité dans les domaines politiques, économiques, culturels, sociaux, juridiques… Il n’est pas question de prétendre être égaux en termes biologiques (argument à retenir pour couper court au prochain faux-débat de tes potes relou.e.s).

Le féminisme est pluriel

Il n’existe pas un seul féminisme ! Un autre argument des détracteurs du mouvement (des mouvements, devrait-on dire), c’est que “les féministes n’arrivent même pas à se mettre d’accord sur les combats à mener/sur leurs valeurs/…“.

Le féminisme défend les droits des femmes, qui représentent la moitié de la population mondiale. Autant d’individus avec leur vécu, leur expérience, leur personnalité propres, mais aussi faisant partie de différents groupes culturels, sociaux, économiques, géographiques, politiques… Evidemment, il ne peut pas exister une seule manière d’obtenir les droits qui reviennent aux femmes, puisque d’un milieu à l’autre, d’un pays à l’autre, les droits des hommes et des femmes sont déjà différents !

Tout comme en politique, il peut exister plusieurs partis de droite ou de gauche qui ont chacun un programme propre, le féminisme s’adapte aux différents groupes sociaux qui s’en revendiquent.

Il existe ainsi des sous-mouvements tels que l’éco-féminisme (ou la lutte pour les droits des femmes ne peut se faire sans être accompagnée d’une lutte pour l’écologie), le féminisme pro-sexe (qui envisagent le domaine sexuel comme un domaine qui doit être investi par les minorités et qui sont par exemple pour le porno ou la prostitution, mais encadrés et redéfinis), le féminisme essentialiste ou différentialiste (qui met l’accent sur les différences hommes-femmes, qui seraient innées et ne fait donc pas de distinction entre sexe biologique et genre) ou le féminisme constructionniste, universaliste, dans la ligne de Simone de Beauvoir, qui s’appuie sur le principe que les genres sont des constructions de la société. Pour ne citer qu’eux.

La plupart des féministes ne ressentent pas le besoin de choisir une case à cocher. Souvent, les personnes qui se battent pour l’égalité sont particulièrement touchées par une ou deux causes précises de la lutte, du fait de leur vécu et de leur expérience, du milieu où elles ont grandi ou vécu.

Si l’on se base sur le courant universaliste du féminisme, qui fait fi du genre dans sa considération de la personne, on peut parler de mouvement humaniste : “Théorie, doctrine qui place la personne humaine et son épanouissement au-dessus de toutes les autres valeurs”. Le féminisme ne cherche pas à diminuer les droits des hommes ni a créer de nouveaux déséquilibre inverse : le mouvement cherche au contraire à réconcilier toutes les personnes, à donner les mêmes chances à toutes les personnes, en donnant aux femmes les droits dont elles ne jouissent par aujourd’hui, et en permettant aux hommes de ne plus subir la pression de la virilité.

Se battre pour que tous les êtres humains aient les mêmes droits, quel que soient leurs caractéristiques différenciantes, c’est être féministe.

(2) Masculinisme

Synonymes : antiféminisme, hominisme.

Alors, le masculinisme est le contraire du féminisme ? Et bien non. Au dictionnaire, pas de définition du masculinisme dans le sens où on l’utilise aujourd’hui. Car dans ce sens-là, le masculinisme est un néologisme : il s’agit d’un contre-courant du féminisme, pour défendre les hommes face aux femmes qui ont acquis trop de droits et les émasculent.

Il y a donc, aujourd’hui, des hommes qui s’unissent pour se battre contre les femmes, qui ont acquis trop de droits et de pouvoir.

C’est important à retenir pour tout féministo-sceptique et pour tous les gens qui pensent qu’il n’y a plus de combat à mener. (Outre le fait qu’on n’a aucunement atteint l’égalité des sexes.)

Il s’agit donc d’un mouvement conservateur, qui voudrait même que les choses redeviennent comme avant : hommes et femmes à leurs places, femmes en robes, hommes en pantalons, hommes au travail, femmes à la maison, hommes aux décisions, femmes sous les coups de bâtons…

Encore plus loin, ce mouvement cherche à poser en victimes les hommes face à la société matriarcale (…) et aux droits acquis par les femmes. C’est purement un contre-mouvement au féminisme dont le but est de contrer l’émancipation des femmes. C’est un mouvement qui ne cherche pas à améliorer la situation des hommes (diminution de la masculinité toxique et de la pression de la virité), mais bien à (re)diminuer les droits des femmes, à les dé-émanciper, car les progrès dans ces domaines seraient à la base du mal-être de l’homme moderne et de sa souffrance.

(3) Machisme

Synonymes : sexisme, phallocratie, misogynie.

Pas exactement un synonyme du masculinisme (même si un masculiniste est un machiste), le machisme est une idéologie bien ancrée qui voudrait que les hommes dominent socialement les femmes. Les privilèges des hommes seraient donc tout bonnement normaux. Le machisme est donc une idéologie sexiste, puisqu’elle divise les individus et leur attribue des privilèges en fonction de leur sexe biologique.

(4) Sexisme

“Tant qu’une seule femme sur la planète subira les effets du sexisme, la lutte des femmes sera légitime, et le féminisme nécessaire.”

Isabelle Alonso, 2001(citée dans Glossaire du féminisme, éditions La Muette Le bord de l’eau)

“Le sexisme comme le racisme commence par la généralisation. C’est-à-dire la bêtise.”

Christiane Collange (citée dans Glossaire du féminisme, éditions La Muette Le bord de l’eau)

Le sexisme est une attitude discriminatoire basée sur le sexe biologique. En fonction de celui-ci, les individus devraient posséder des droits et privilèges différents. De cette idéologie découlent des paroles, gestes, comportements qui infériorisent, différencient ou excluent certaines personnes (comme les blagues sexistes, le harcèlement de rue…). La personne qui subit le sexisme est dénigrée, rabaissée, que ce soit ouvertement ou insidieusement (paternalisme, infantilisation…), consciemment ou pas.

Le machisme et le masculinisme, qui cherchent à restreindre les droits des femmes, à apporter plus de pouvoir aux hommes (maintenir les privilèges actuels), à différencier les individus en fonction de leur sexe, sont des mouvements sexistes.

Le féminisme, qui cherche l’égalité des droits parmi tous les individus sans réduire les droits des hommes, n’est pas un mouvement sexiste. Le féminisme lutte pour une distribution juste des droits et contre les privilèges des uns au détriment des droits des autres.


Égalité, équité, intégration et inclusion

“Mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide.”

Albert Einstein
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(5) Égalité

L’égalité vise à offrir les mêmes droits et les mêmes ressources à tous, sans discrimination (genre, ethnicité, religion…). Elle vise la justice mais part du principe que tout le monde démarre du même point de départ. Si l’on n’applique que les principes d’égalité dans la lutte féministe, on ignore les privilèges dont jouissent les hommes, ou les biais culturels et cognitifs qui poussent à ranger les femmes dans certaines catégories et les hommes dans d’autres, ou encore les inégalités préexistantes dans certains domaines.

(6) Équité

L’équité vise à offrir l’égalité des chances en tenant compte du point de départ de chaque individu ou groupe. Un exemple de stratégie mise en place : les quotas. Dans certains pays, des lois obligent les entreprises ou instances publiques à employer un certain pourcentage de femmes (quota) afin de garantir l’équité. Cela peut sembler injuste, car certains hommes ont l’impression qu’on leur “vole” des postes, alors que ces postes “””masculins””” (de direction, managériaux, ou dans certains secteurs) reviennent souvent aux hommes par tradition et grâce à leurs privilèges. Même si en théorie, les femmes y ont un libre accès (égalité), des facteurs culturels et sociétaux, voire de la discrimination sur base du genre, empêchent les femmes d’y accéder dans les faits, ou de nombreux obstacles pavent leur chemin.

Or, les femmes représentant la moitié de la population, elles ont le droit d’être représentées dans les comités de direction ou en politique par des femmes également. Ce genre de mesures sont nécessaires pour rétablir l’équilibre qui a trop longtemps persisté, dans un délai raisonnable.

« Je n’aime pas les quotas, mais j’aime ce qui en résulte »

Vivane Reding, commissaire européen

Il y a un débat qui court depuis des années sur une autre question d’équité hommes-femmes et de… toilettes ! Les femmes passent en moyenne plus de temps aux toilettes que les hommes. Halte aux mauvaises langues, ce n’est pas pour papoter ou se remaquiller : les femmes n’ont culturellement pas le droit de pisser debout dans un urinoir juste en ouvrant leur braguette (il existe bien des accessoires pour que les femmes puissent pisser debout, sachez-le, mais ça reste très mal perçu, alors que pour un homme…), elles portent parfois des vêtements plus compliqués à enlever et remettre (bonjour les collants), elles ont leurs règles, elles sont encore majoritairement le parent qui change le bébé…

Les files pour les toilettes pour femmes sont donc toujours plus longues (sauf quand on travaille dans un secteur professionnel où la parité n’est pas encore atteinte, parole de programmeuse…). L’égalité voudrait qu’hommes et femmes aient exactement le même nombre de cabinets à disposition. L’équité voudrait qu’il y ait plus de cabinets dans les toilettes pour femmes. Cela ne veut pas dire que les hommes auront moins de cabinets, mais juste que les femmes en auront plus car elles y passent plus de temps, et que l’urinoir pour femmes n’a pas encore fait son entrée dans notre culture…

(7) Intégration

L’intégration, c’est permettre à quelqu’un différent de nous d’intégrer notre univers, notre espace, notre culture, et le traiter comme on souhaiterait soi-même être traité. C’est-à-dire ne pas se comporter différemment avec cette personne en fonction de facteurs dissociants tels que le genre, l’ethnicité, l’orientation sexuelle, la religion… En quelque sorte on peut résumer ça comme ça : “Tu peux venir avec nous, mais on s’attend à ce que tu te comportes comme nous, et alors on te traitera comme un des nôtres“.

L’outsider doit se conformer à son nouvel environnement.

(8) Inclusion

L’inclusion, c’est permettre à quelqu’un différent de nous d’intégrer notre univers, notre espace, notre culture, et le traiter comme il souhaiterait être traité, en considérant donc sa culture, son vécu, son bagage… en acceptant ses différences.

Ici, on transforme l’environnement pour qu’il puisse inclure tout le monde.

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