Pour être un.e allié.e et/ou pour pouvoir se défendre, c’est important de savoir contre quoi on se bat et pourquoi. Après un premier article qui définit les termes relatifs au féminisme et au sexisme, voici un second volet de la série Féminisme 101 sur deux phénomènes sexistes : les mescplications et le NotAllMen.

Les mescplications : ces hommes qui expliquent les choses aux femmes

Les mecsplications (mansplanations en V.O.), c’est le fait que certains hommes prennent de haut les femmes et leurs expliquent des choses pensant être plus compétents en la matière, parce qu’ils sont des hommes. Il y a des domaines typiques où certains hommes se croient supérieurs aux femmes : dès que ça touche le bricolage, l’informatique, les voitures, le sport… ils partent du principe que d’office, sans même connaître la femme qu’ils ont en face d’eux, ils maîtrisent mieux le sujet.

Cela se fait généralement sans connaître le parcours et les domaines d’expertise de la femme, sans s’y être intéressé. D’ailleurs, cela ne touche pas que les “domaines de prédilection” des hommes, cela peut concerner n’importe quel sujet. C’est d’ailleurs affolant de voir à quel point les femmes peuvent facilement se faire couper la parole par des hommes, qui ont l’impression que leur voix est plus importante et leur connaissance supérieure.

Le pire étant ces situations où les hommes mecspliquent le féminisme. Ces hommes bien pensants nous expliquent sans complexe que le féminisme n’est plus nécessaire, que l’inégalité des sexes n’existe pas, que les féministes ne s’y prennent pas comme il faut… ou qu’on ne mène pas les bons combats.

Donc oui, des hommes, qui n’ont certainement pour la plupart jamais vécu dans la peau d’une femme, expliquent à des femmes, que ce qu’elles subissent n’existe pas. Qu’on n’est plus en 1850 et qu’il faut arrêter. Que les femmes se posent en victime juste pour se plaindre. Que non, être une femme et se faire accoster dans la rue par un inconnu de manière insistante ou se faire reluquer comme de la viande n’est pas déplaisant. Etc.

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livre féminisme

J’aime assez aussi partager cette vidéo, qui ne concerne pas que le mansplaining d’ailleurs, sur la tendance des gens à être plus confiant sur un sujet quand ils en savent peu :

Mon vécu des mescplications

Le phénomène est loin d’être anecdotique, il suffit de consulter le compte Paye ton mansplaining pour le réaliser… Même si ce témoignage ne valide pas mes propos, ils illustrent parfaitement ce qu’on entend par mescplications :

Histoire 1 – Je discute avec un pote d’un mot en anglais, souvent utilisé en français, dont je suis étonnée de la prononciation réelle car quasiment tout le monde le dit mal. Et là, il se lance dans une explication pour me démontrer que c’est faux, que notre prononciation habituelle est la bonne, en me faisant une démonstration et en me disant que selon les règles de prononciation en anglais ce que je dis n’est pas correct. Problèmes :

  • Je suis bilingue, il a un niveau moins que basique en anglais.
  • Je venais d’entendre le mot dans une série anglophone en VO, chose que j’avais précisée.
  • Il n’y a pas de règles de prononciation en anglais, et sa démonstration se révélait vraie dans 50% des cas… et donc fausse dans 50% des cas.
  • Il s’appuyait sur un truc qu’il avait lu un jour sur Internet (il est plutôt du genre à traîner sur des sites de memes et complotistes que de lire Le Monde) alors que je venais d’entendre le mot dans la bouche d’un anglophone en milieu naturel.
  • Il fait tout le temps ça, il s’appuie sur des choses qu’il voit sur Internet, se pense très cultivé parce qu’il passe beaucoup de temps sur le web, et quand on discute par chat je le soupçonne de faire des recherches Google simultanément juste pour pouvoir étaler “sa” science au lieu d’écouter ou de dire qu’il ne sait pas quelque chose.

Histoire 2 – Nous sommes dans un groupe de travail pour parler d’égalité des sexes au travail et on se demande comment on pourrait améliorer la visibilité des femmes. Nous savons que nous ne disposons que de 15 minutes pour trouver des pistes et proposer des solutions. Nous sommes 2 femmes et 2 hommes. Dès le début du temps de travail, un homme commence à parler en débutant par “Je pense que les femmes font ceci au travail parce que…” et s’écoute parler pendant un bon 10 minutes. Problèmes :

  • Nous savons que le temps est limité mais il ne lui vient pas à l’idée de partager le temps de parole.
  • On parle des femmes, nous sommes deux femmes, il pense que c’est une bonne idée de commencer à s’exprimer, lui, homme, et sans demander l’avis des femmes ni une quelconque validation.
  • Il pense savoir d’où viennent les problèmes ou retenues des femmes sans en avoir jamais discuté avec une femme.
  • Il base son discours sur une expérience personnelle, vue depuis sa position d’homme.

Le NotAllMen : quand on ramène toujours le débat aux hommes

Lorsqu’on s’exprime sur le sexisme, il est fréquent d’utiliser la formule abrégée “les hommes”. Cette formule désigne le groupe oppressif. Il désigne une majorité d’individus qui appartiennent à une groupe. Et suite à cette formulation, il est très fréquent de voir au moins un homme se justifier d’un “mais les hommes ne sont pas tous pareils” ou “mais moi je ne fais pas ça”. C’est ce qu’on appelle le NotAllMen.

Quel est le problème de ce phénomène ? Premièrement, il invisibilise le débat initial, les femmes et les minorités, au profit des hommes. Alors que des langues se délient grâce à des mouvements comme #MeToo et que les femmes osent enfin parler publiquement et se défendre, les hommes veulent rapporter l’attention à leur personne. Tu as remarqué que j’ai utilisé “les femmes” dans la phrase précédente ? En le lisant, est-ce que tu as pensé que toutes les femmes du monde, individuellement, s’expriment publiquement, ou tu as compris qu’il s’agissait d’une idée abstraite qui parle d’un groupe social ?

Les hommes qui se défendent de ne pas faire partie “des hommes” qu’on pointe du doigt on besoin de justifier qu’ils sont des mecs bien, eux, au-dessus de la masse. Le problème, c’est d’une part, qu’être un mec qui ne viole pas, ne harcèle pas, ne discrimine pas, ça devrait être normal, pas de quoi être fier.

D’autre part, les hommes semblent avoir du mal à cerner où commence le problème du sexisme. Je crains aussi que parmi les personnes qui se sentent obligées de se justifier, se trouve justement beaucoup un grand nombre d’individus qui ne sont pas très au clair avec leurs comportements et veulent (se) prouver qu’ils ne font pas partie du lot.

C’est facile de se dédouaner du harcèlement de rue quand on est un homme blanc privilégié qui pense que c’est un problème de racaille racisée par exemple, on pourrait être tenté de s’exclure du débat en oubliant cette fois où avec des potes d’unif on a fait boire une fille pour qu’elle cède plus facilement, ou la pression qu’on a mis sur une petite copine pour la forcer à réaliser une pratique sexuelle dont elle n’avait pas envie. Toutes ses fois où on a été relou avec des filles qui VISIBLEMENT n’avaient pas envie d’être draguées. Sans parler de la majorité d’individus qui observent des comportements sexistes et acceptent sans broncher.

Plus de contenu sur le sujet…

  • #NotAllMen : Messieurs, nous savons que vous n’êtes pas tous pareils

Paradoxalement, ces témoignages dramatiques ou les chiffres alarmants relatifs aux violences – structurellement – subies par les femmes suscitent une réaction masculine épidermique et autocentrée : les hommes s’indignent moins de ces violences dénoncées que de la remise en question dont ils font l’objet en tant que groupe social dominant. Nombre d’entre eux s’appliquent, en effet, à systématiquement se justifier individuellement (“je ne suis pas comme ça“) ou collectivement (“Not all men*”) quand d’autres disqualifient ouvertement les mouvements féministes.

RTBF, “#NotAllMenn #OnNePeutPlusRienDire : mais pourquoi donc certains hommes n’encaissent-ils pas le féminisme ?

Lire aussi : Le féminisme, une histoire de masculinité aussi

La conclusion

Bref. Laissez les femmes et les minorités parler. Putain.


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