"Over-dressed" : le prix choquant de la mode pas chère

Après avoir lu "La Planète Bazar", un livre sur les dérives de la surconsommation aujourd'hui, j'ai enchaîné avec la lecture du livre "Over-dressed", un livre qui se penche uniquement sur la problématique de notre comportement d'achat face à la mode.

Le livre n'est pour l'instant disponible qu'en anglais (mais il a été traduit très récemment en italien, j'ai l'espoir que d'autres traductions soient faites dans un futur proche).

Le bouquin, écrit pas Elizabeth L. Cline, ne se cantonne pas à dresser une liste des problèmes qu'entraîne la surconsommation de vêtements ou à répéter des choses que nous savons déjà à peu près tous. Le livre retrace toute l'histoire et l'évolution de la mode pour analyser tout ce qui a amené à la situation que nous connaissons actuellement. Comment un objet précieux dans lequel on investissait autrefois est devenu un objet jetable sans aucune honte. Comment la baisse des prix de la "fast fashion" a fait augmenter drastiquement le prix des marques de luxe, a fait perdre de nombreux emplois chez nous et fait fermer beaucoup d'entreprises. L'auteure suit plusieurs personnages, influenceuses, directeurs.trices d'usines ici (aux USA) et à l'autre bout du globe, designers, couturières... pour délivrer un témoignage à plusieurs voix, en plus de son investigation personnelle.

Pour lire ce livre, il faut aimer la mode, et s'intéresser à son histoire. Et c'est peut-être là l'occasion de toucher justement beaucoup de personnes qui font vivre l'industrie de la mode jetable. A noter aussi que le livre a été écrit en 2012 (quand j'ai laissé un commentaire sur le compte Instagram de l'auteure, lui confiant que j'espère voir une version francophone sur le marché, elle m'a répondu qu'elle aussi, et qu'elle aimerait aussi écrire une version mise à jour), on n'y parle pas des sites chinois (ceux où l'on commande directement en tant que particulier) car ce marché n'existait pas encore, mais bien des marques de fast fashion telles que H&M, Gap, Forever 21, le groupe Inditex (Zara, Mango...), Nike, et bien d'autres. Le livre se penche également un peu sur les marques de luxe et quelques marques américaines.

Quelques faits que je garde en mémoire après cette lecture :

  • Les consommateurs pourraient s'acheter des produits pour lesquels le salaire de production serait plus élevé, car la paie des petites mains n'a pas beaucoup d'impact sur le prix de vente final du vêtement. On estime que le salaire représente 1% du prix de vente final. Les compagnies qui vendent de la mode bon marché gagnent des millions (ou milliards selon...) de $ par an par contre. Leurs marges sont énormes. Pourtant, quand ces chaînes ont voulu "greenwasher" leur éthique sociale, elles ont mis la pression sur les usines où elles font fabriquer leurs vêtements pour augmenter les salaires, mais elles ont refusé de payer de leur poche. Les usines qui fournissent les géants de la mode ne font presque pas de bénéfice sur les commandes, parfois elles vendent à perte pour garder un gros client. Encore une fois, ces magasins font des bénéfices extravagants de leur côté. Il faut en plus prendre en compte le fait que le salaire mensuel des couturières ne dépasse pas l'équivalent de 100$, souvent bien moins que ça, ça laisse imaginer le bénéfice que peuvent en tirer les grandes chaînes de "mode".
  • La plupart des couturières gagnent le salaire minimum légal, qui est inférieur à ce que l'auteure appelle le "living wage", c'est à dire le salaire minimum qui permettrait de vivre décemment. Les salaires dans ces pays sont tellement bas que cela revient moins cher de sous-traiter (par exemple : une usine chinoise soustraite une usine au Bangladesh pour vendre à une marque européenne ou américaine) et de gérer les frais de transport que de fabriquer sur notre propre sol. 
  • Les marques de fast fashion exigent des délais extrêmement courts, car leur secret pour s'enrichir, c'est de mettre de la nouveauté en magasin régulièrement (plusieurs fois par mois). Sans ces ventes en quantités, elles couleraient. Elles imposent ainsi des délais extrêmement serrés, de 2 semaines depuis la commande jusqu'à la réception parfois. Si vous avez déjà commandé en ligne à l'étranger, vous savez que 2 semaines, c'est parfois beaucoup moins que le temps que prend un colis pour arriver chez nous ! Pour assurer ces délais, ces marques mettent la pression sur les usines, qui abusent de leurs employés en les faisant travailler des heures (jours) supplémentaires, évidemment rarement payées.
  • Les marques effectuent des audits elles-mêmes dans leur usines, ils ne sont pas réalisés par des firmes extérieures, des organisations, ou autres. Les audits sont prévus à l'avance et ne touchent que les fournisseurs directs.
  • Beaucoup de personnes se dédouanent de leur impact écologique en avançant le fait qu'elles donnent les vêtements qu'elles ne portent plus à des œuvres, associations... mais la qualité de nos vêtements à tellement baissé suite au phénomène fast fashion que la plupart des vêtements reçus par les associations ne sont pas en assez bon état pour être donnés ou vendus. Ce qui n'est pas pris par les associations, ou qui n'est pas vendu dans la semaine, est revendu à des sociétés de recyclage, qui en feront des loques ou du matériels d'isolation (quand c'est possible), et enverront les vêtements encore portables vers le marché Africain, où la plupart des vêtements ne seront pas vendus, faute de qualité suffisante, et finiront dans des décharges.
  • La mode bon marché n'est pas synonyme de bonne affaire ! Réfléchissez à l'argent dépensé et au temps de vie du vêtement... et c'est surtout une mauvaise affaire pour beaucoup d'autres personnes dans le cycle de production.


Nous sommes responsables du comportement de ces marques, 
nous sommes les acheteurs, nous votons.
















McAfee.com INT

2 commentaires:

  1. Merci pour cet article, qui reflète ce dont j'ai aussi pris conscience il y a peu... Une fois qu'on le sait, on ne peut plus fermer les yeux sur les conséquences désastreuses de la fast-fashion... Il faut vraiment que les gens s'en rendent compte rapidement !
    Je n'ai pas lu ce livre mais il a l'air très intéressant. Je suis plus documentaires pour être honnête mais c'est bien que ce sujet soit traité de différentes façons.

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