Je suis face à un débat intérieur concernant les réseaux sociaux. Ce débat dure depuis des années. Plus le temps passe, plus je m’interroge. A chaque fois que ces questions font surface, je ne peux que constater que l’idée même d’effacer mes comptes sur les réseaux sociaux provoque chez moi des doutes profonds, comme s’il s’agissait d’une décision de la plus haute importance. Et ça, ça fait peur.

L’hyper-consommation numérique, comment ça a commencé

Difficile de se souvenir de ce moment où Facebook et consorts ont pris une place centrale dans nos vies. J’ai toujours été très connectée, parce que je suis introvertie, parce que j’aime la tech, parce que je suis curieuse, parce que j’adore raconter des choses par écrit, par solitude dans le vrai monde parfois.

Quand j’étais adolescente, j’avais des Skyblog (l’ancêtre de la jolie blogosphère que nous connaissons aujourd’hui). A l’époque, les blogs étaient des journaux en ligne, qu’on partageait généralement avec sa famille ou ses amis. Un recueil de photos et d’anecdotes pour garder une trace, du lien…

J’ai connu l’arrivée de Facebook chez nous quand j’étais étudiante. Le réseau social a été développé en premier lieu pour des réseaux estudiantins universitaires, aux États-Unis. J’étais donc la cible parfaite pour son utilisation. Malgré mes premières réticences (les mêmes que j’avais envers Twilight à la même époque, qui s’est avéré par la suite être un de mes films préférés, mais ceci n’est pas le sujet de l’article), notre réseaux de copains a vite fait d’adopter cette plateforme. On y partageait les photos de soirées principalement. C’était l’époque où on passait plus de temps à faire des choses ensemble, et où le site nous servait principalement d’album photo souvenir partagé.

Les réseaux sociaux au cœur de notre quotidien

Dix ans plus tard, sans vraiment comprendre comment ça s’est passé, mon rapport aux réseaux sociaux a dramatiquement changé. Pas un jour sans que j’ouvre chaque appli, souvent plusieurs fois sur la journée. Je passe mon temps à me répéter que je veux diminuer mon utilisation, surtout parce que, concrètement, il n’y a rien à voir de jour en jour, et que ça me fait perdre un temps bête et inutile. Pourtant, c’est comme si je ne parvenais pas à arrêter mon pouce lorsqu’il se dirige vers l’icône bleue, ou la rose et orange.

Il y a quelques mois, j’ai supprimé mon compte Twitter. J’avais été une “early-adopter”, comme tout.e techie-and-marketing-lover, j’avais beaucoup d’abonnés. Pour être honnête, je me plaisais sur ce réseau au début, on y avait des discussions intéressantes. Mais depuis des années, je ne publiais plus rien. Pire, je savais qu’à chaque fois que j’allumais Twitter, j’allais tomber sur un débat qui allait m’énerver (les joies des commentaires des froussards planqués derrière leurs pseudos qui se lâchent sur le web) pour le reste de la journée et me faire ruminer. Pourtant, il m’en a fallu du temps, pour réussir à effacer ce compte qui ne me servait à rien et me faisait même du tort !

Réseaux sociaux et travail : peut-on entreprendre sans eux ?

Je suis doublement impactée par les réseaux sociaux, et ils ont pris une grande place dans ma vie à cause de mes activités de blogging et autres activités freelance. Peut-on vraiment se passer d’eux lorsqu’on est entrepreneur, indépendant, une start-up… ?

Je n’ai pas trouvé d’étude à ce sujet, de comparaison entre des start-ups qui ont décidé de bouder les réseaux sociaux et d’autres qui y sont très actives par exemple. Cependant, Cal Newport soulève un point intéressant dans le TeDxTalk “Quit social media”. La seule chose qui donne de la valeur à un business, c’est l’innovation : concrètement, le fait de proposer quelque chose qui n’est pas facilement réplicable et qui apporte quelque chose de nouveau. Cependant, toute la comm’ qui est faite sur les réseaux est de faible valeur (la plupart du temps, même quand on veut faire croire le contraire) et facilement réplicable.

Alors même si des tonnes d’agences de communication et marketing digital tentent de convaincre tous les passants qu’une entreprise ne peut pas s’en sortir sans présence sur ces sites, la réflexion s’impose.

Quelques arguments qui sont avancés dans cette vidéo concernant la question du “pourquoi vous devriez quitter les réseaux sociaux” :
– ils font perdre du temps
– ils divisent l’attention et réduisent la capacité à se concentrer
– ils nous font nous sentir seuls/isolés
– ils peuvent augmenter le sentiment d’insécurité et de dépression
– ils sont mauvais pour la santé (yeux, position assise prolongée…)
– ils nous font perdre notre faculté à pratiquer des activités qui demandent de la concentration pendant un “long” moment (lire…)

En 2019, j’ai fait une “pause active” dans ma carrière pour pouvoir me tester et réfléchir à ce que je voulais faire, au niveau professionnel. J’ai donc touché à pas mal de domaines freelance, et j’ai créé et alimenté nombre de blogs, réseaux sociaux, newsletters… J’ai décidé de ranger tout ça dans un coin quand j’ai trouvé une voie qui me convenait. Pourtant, j’ai laissé passer du temps avant de clôturer mes comptes. Quand j’ai enfin pris la décision de cesser pour de bon ces activités, de ne plus du tout y penser, et d’effacer tous ces comptes qui ne me servaient à rien, ça m’a fait un bien fou ! J’en ai profité pour fermer plusieurs pages que j’avais encore (non-professionnelles). Même si je ne les alimentais plus, elles restaient quelque part, dans un coin de ma tête, sans statut clairement défini.

Pourtant, actuellement, je ressens encore une grosse pression par rapport aux pages reliées à ce blog-ci. Je ne compte pas arrêter d’écrire, j’écris ici depuis 2008, c’est ma passion. Mais la gestion des réseaux sociaux, je n’avais pas signé pour ça à la base. J’en reviens à mon constat de départ : j’ai peur d’effacer ces pages, comme si cette décision pouvait prendre une tournure dramatique. Pourtant, je suis consciente que ça ne me botte pas : je le fais parce que j’ai l’impression que je dois le faire, et j’ai le sentiment que ça ne m’apporte rien en retour. J’ai choisi de faire une pause de 2 mois pour faire le point, mais je sens que ce choix en demi-teinte trotte dans un recoin de ma tête. Est-ce que je repousse juste la suppression, par peur ? Totalement, oui.

Qu’y a-t-il de “social” dans un réseau social ?

D’un point de vue plus personnel maintenant, d’autres questions se posent. J’ai longtemps pensé que j’avais envie de supprimer mon compte Facebook, mais j’avais l’excuse de mes pages pro à gérer. Et si je n’avais plus de pages, est-ce que j’arriverais à me débarrasser de mon compte perso ?

En soi, avoir un compte n’est pas vraiment le problème. Le vrai souci, c’est que nous sommes nombreux à avoir du mal à ne pas se connecter tous les jours au site, que nous voyons parfois passer des choses qui nous font du mal, et qu’en tant que bon masochistes, on en redemande, que nous sommes bombardés de désinformation. Et qu’au final, nous sommes plus isolés que jamais.

Je me dis souvent que virer mon compte Facebook, ce serait l’assurance de ne plus être au courant d’aucun événement dans ma région, de ce qui se passe dans la vie de mes amis. Une “rupture sociale” en gros. C’est affolant de se dire que ce type de sites a pris une telle importance dans notre vie, et qu’on a du mal à imaginer notre vie sociale sans eux. Serait-ce vraiment le cas ? Si oui, les choses sont-elles devenues comme ça à cause des réseaux sociaux, qui ont transformé nos relations sociales en relation passives ?

Au final, si on “perd” certaines relations sans les réseaux sociaux, c’est qu’elles n’étaient pas très solides.

FOMO et addiction : comment réduire son utilisation des réseaux sociaux

Autrefois, lorsque nous avions quelques minutes de libres, nous laissions notre esprit divaguer ou réfléchir, lisions ou alors acceptions de n’avoir rien à faire quelques instants. Désormais, pour la plupart de nous, lorsque nous avons 30 secondes, nous allumons immédiatement notre Smartphone pour suivre l’actu, qu’elle soit médiatique, familiale ou amicale. Pour certains, ces moments sont même devenus une addiction dans la journée.

Pourquoi sommes-nous accros aux réseaux sociaux

On pourrait essayer de déterminer le pourquoi du comment, mais au final, ce qui compte vraiment, c’est “comment prendre de la distance par rapport aux réseaux sociaux ?“.

Dans l’utilisation des réseaux sociaux, il y a deux grandes tendances (qui peuvent se compléter !), le voyeurisme, et l’exhibitionnisme. En d’autres termes, on recherche à combler un besoin de relations sociales (en voyant ce que font les autres, on a l’impression d’être “avec” eux en quelque sorte), ou de reconnaissance (la course aux like).

Une première étape serait de se questionner sur ce que nous recherchons sur les réseaux sociaux, nos comportements, nos habitudes de consommation, pour les comprendre, et chercher à les assouvir autrement (voire à s’en défaire si elles sont nocives !). C’est déjà du costaud, mais je pense que ça représente un pas décisif.

Pour se simplifier la vie, désinstaller les applications de son téléphone (mais ne faites pas comme moi, qui utilise le navigateur mobile au lieu de l’appli ensuite… *booooo*). Vous passez probablement moins de temps sur votre PC qu’avec votre smartphone à portée de main, donc désinstaller les applications mobiles peut franchement vous aider à décrocher, au moins à diminuer. Allez, je désinstalle tout de suite !

Faire un tri dans les comptes suivis et les relations permet d’avoir moins de contenu à consulter, et donc de passer moins de temps sur ces sites. Allez, on pense minimalisme : de quoi ai-je vraiment besoin, qu’est-ce qui m’est utile, qu’est-ce qui me procure de la joie… Certainement pas une copine de primaire à qui tu ne parles plus mais qui poste des commentaires racistes à longueur de temps, ni la page d’un pote que tu as liké sous la pression alors que les fanfictions sur Resident Evil ne t’intéressent absolument pas.

Finalement, comme pour décrocher des achats compulsifs, la bonne idée, c’est de (re)trouver des passe-temps qui nous font du bien. Troquer ses réflexes actuels (ouvrir Facebook) contre d’autres réflexes plus “sains” : se remettre à une passion qu’on a abandonnée, intégrer un nouveau geste bien-être, mais aussi penser à ne rien faire : se poser et laisser son esprit vagabonder, sans distraction. J’ai partagé ici 31 idées d’activités pour ralentir, qui sont parfaites pour l’occasion. Il y a aussi pas mal d’idées intéressantes à piocher dans l’article sur la science du bonheur !

Sans parler de l’écologie, l’éthique…

Cet article est finalement beaucoup plus long que je ne le pensais, j’ai donc dû zapper une question que je voulais développer également en regard de l’utilisation des réseaux sociaux, je jette ça ici vite fait…

Tout ce que l’on publie sur le net consomme énormément de ressources et pollue. Les réseaux sociaux nous poussent à partager, liker, publier… énormément de choses qui doivent être stockées sur des serveurs, qui consomment… A l’échelle mondiale, c’est faramineux. Voici encore une bonne raison de diminuer ou de supprimer les réseaux sociaux !

Niveau éthique, on n’est pas mieux : Facebook fait partie de ce qu’on appelle les GAFAM, les géants du web qui sont bien connus pour abuser de leur position de quasi-monopole, bénéficier de défiscalisation, etc. En consultant ces sites, bourrés de pub, on leur donne de l’argent.

Enfin, quand on parle de réseaux sociaux, il est important de soulever le problème des fake news et de la désinformation, qui entraînent une vision biaisée, un manque de jugement personnel, de l’angoisse…

Bref, on pourrait en débattre toute la nuit. Au final, il n’y a pas grand chose de bon dans l’utilisation de ces sites, telle qu’on la pratique actuellement…


Pour conclure… J’espère que dans quelques mois (soyons réalistes !) je pourrai écrire un article putaclic dont le titre sera “J’ai quitté les réseaux sociaux totalement et voici comment ma vie a changé“, ou que j’aurais acquis assez de self-control pour partager avec vous “Comment j’ai drastiquement réduit ma consommation des réseaux sociaux et même que ça m’a rendu plus heureuse” (ouais bon, je planche encore sur le titre final). Si vous cherchez une sœur de sevrage, entraidons-nous virtuellement !

Lire ensuite :

Les réseaux sociaux, l’image publique et l’estime de soi

Antifragilité : quand le “désordre” est bénéfique

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