Dernière mise à jour le 6 janvier 2026
Adopter les vêtements de seconde main, c’est comme arpenter un marché aux trésors, plein de surprises, avec le noble objectif de préserver l’environnement en réduisant notre empreinte écologique. Mais objets de seconde main ne riment pas nécessairement avec consommation raisonnée !
Quand j’ai décidé d’être une meilleure consommatrice, que j’ai quasiment arrêté d’acheter du neuf pour me tourner vers le marché de la seconde main, j’ai remarqué que ma bonne conscience de consommer la mode de manière éthique pouvait aussi me pousser à acheter plus que nécessaire.
Dans cet article, je passe en revue les dangers des vêtements et autres objets d’occasion et je donne des conseille pour les consommer de manière raisonnable et maligne.
- La seconde main et ses petits prix tentants
- La recherche du graal d’occasion et l’impression de rareté
- Acheter de seconde main n’a aucun impact écologique, alors on se lâche !
- Et puis, au pire, on donne !
- Comment bien acheter de seconde main
- Boutique ou Internet pour acheter des vêtements d’occasion ?
- On récapitule : Les bonnes habitudes à conserver quand on achète de seconde-main
- Plus de lectures sur les achats de seconde main, le minimalisme, la garde-robe capsule…
La seconde main et ses petits prix tentants
S’habiller de seconde main, ça veut souvent dire acheter des vêtements moins chers. Ça fait d’ailleurs partie des bonnes raisons de s’y mettre. Cependant, comme avec les marques de fast fashion, lorsque c’est par cher, on a souvent tendance à faire de moins bons achats :
- acheter plus facilement, en réfléchissant moins à l’impact (par exemple, l’encombrement à la maison, ou le budget serré),
- acheter en trop grandes quantités, plus que nécessaire,
- être moins critique dans son processus d’achat, fermer les yeux sur certains défauts, certaines contraintes (vêtements trop petits ou qu’on ne portera pas souvent…).
Plus les prix sont bas, moins on réfléchit à des choses que l’on prendrait en compte en temps normal.
Les bénéfices écologiques et financiers de la seconde main sont à mettre en perspective avec d’autres dynamiques qui peuvent être entrainées par ce mode de consommation, notamment l’ " effet rebond " .
Ce phénomène se produit lorsque la réduction des contraintes pesant sur l’utilisation d’une technologie ou d’un bien encourage une augmentation de leur consommation. Dans le cadre de la seconde main, la baisse du prix peut pousser à une croissance d’achats.
Les avantages et limites écologiques de la seconde main (L’info durable, 22 octobre 2023)
La recherche du graal d’occasion et l’impression de rareté
Mettre les pieds dans des magasins de seconde main, c’est découvrir un nouveau terrain de jeu. Ici, pas de vêtements identiques par dizaines, mais des opportunités temporaires et un facteur chance non négligeable. Ça fait partie du jeu.
Là où c’est dangereux, c’est quand cette impression qu’on pourrait " manquer une occasion " nous pousse à acheter dans la précipitation, de peur de ne pas retrouver un article similaire si on en a besoin ou envie dans le futur.
De plus, il y a un côté gratifiant à trouver une pièce de qualité ou particulièrement originale lors de son shopping dans un magasin d’occasion, qui peut transformer le processus d’achat en activité ludique pratiquée comme un hobby ou une collection.
Acheter de seconde main n’a aucun impact écologique, alors on se lâche !
Vraiment ? Théoriquement, l’achat d’occasion est bien mieux que l’achat neuf, parce qu’on évite alors de créer de la demande pour un objet qui est déjà en circulation. Cependant, il faut prendre un peu de recul.
Premièrement, si on achète des choses dont on n’a pas besoin, juste pour le frisson de faire une bonne affaire, ou parce qu’on remplit sa garde-robe de choses inutiles pour les mauvaises raisons, on prive le marché de seconde main d’objets qui pourraient être effectivement utiles à quelqu’un dans l’immédiat. Résultat : cette personne devra potentiellement se rabattre sur un objet neuf.
Pire, les vêtements d’occasion sont devenus un business géré par des sociétés qui n’en ont rien à faire de l’écologie. Pour nourrir un marché en demande, ces entreprises peuvent faire voyager des vêtements d’un bout à l’autre du monde par exemple.
Les vêtements de seconde main n’ont pas une empreinte carbone nulle, même s’ils sont revendus localement : ils nécessitent quand même des transports du centre de tri à la boutique, au minimum.
Un autre effet de rebond existe : l’effet de rebond dit " de conscience ". Dans ce cadre, le fait de consommer de la seconde main devient un argument d’achat. Certains consommateurs justifient leurs achats en mettant en avant le caractère d’occasion des produits, se percevant ainsi comme des défenseurs de l’environnement. Ce biais inconscient permet de s’accommoder de ses incohérences, comme un désir de protéger la planète tout en continuant à surconsommer biens et services. Pourtant il ne permet pas en soi de baisser les actes de consommation et d’aller vers une consommation raisonnée et sobre.
Les avantages et limites écologiques de la seconde main (L’info durable, 22 octobre 2023)
Et puis, au pire, on donne !
Un autre problème lié à l’essor du marché de seconde main est la tendance à acheter des choses en se disant que, au pire, si on n’en a pas besoin, on peut toujours le revendre ou le donner. Sauf que les marchés de produits d’occasion sont saturés d’objets en tout genre, et particulièrement d’objets de mauvaise qualité qui sont très difficiles à revendre, même à tout petit prix. Et tout ça crée du travail non rentable pour les magasins sociaux et autres entreprises qui gèrent ces boutiques de seconde main (comme Oxfam, Emmaüs…).
Alors, dès le départ, n’achète pas d’objets, vêtements, etc., si dès le départ tu es déjà en train de penser à sa revente ou à comment tu pourras t’en débarrasser !
Lire aussi : Quand la fast fashion met à mal l’économie circulaire : enjeux et alternatives (analyse publiée sur le blog d’Oxfam, 30 juin 2025)
Comment bien acheter de seconde main
Se poser les bonnes questions
On peut facilement éviter de faire de mauvais achats en se posant quelques questions avant d’acheter, mais aussi en appliquant les mêmes stratégies que lorsqu’on achète du neuf.
Quel que soit le prix de l’article, demande-toi :
- Est-ce que j’en ai besoin ? Sous-entendu : est-ce que ça m’est nécessaire maintenant ? (voir aussi l’astuce de la liste)
- Est-ce que ça me plaît vraiment ? Est-ce mon style*, est-ce que ça se mariera avec le reste de ma garde-robe, est-ce que c’est le genre de vêtement que je porte réellement ?
- Est-ce que je vais l’utiliser ? Ne fait-il pas double emploi, est-ce que j’ai déjà eu un vêtement similaire dont je me suis débarrassé·e ?
- Est-ce cohérent dans ma garde-robe ? Va-t-il s’associer avec le reste de mes vêtements facilement ou nécessite-il que j’achète quelque chose en particulier pour pouvoir le porter ?
- Est-ce que je l’achèterais au prix plein ? Quand tu achètes en promotion ou de seconde main, demande-toi si tu l’aurais acheté pour plus cher. Si pas, est-ce parce que ça ne te plaît pas suffisamment pour valoir son prix plein, parce que tu n’es pas sûre de vraiment l’utiliser ?
Même si tu achètes de seconde main, n’hésite pas à privilégier des vêtements un peu plus chers, mais en moins grandes quantités. Ce n’est pas parce que c’est moins cher que tu devrais en avoir plus. Tes besoins réels et concrets restent les mêmes, quelle que soit la quantité de vêtements que tu pourrais te permettre.
Ne pas " faire de shopping " mais " acheter des vêtements "
Reprogramme tes habitudes et ta vision pour ne plus considérer le shopping comme un hobby ou une activité de loisir, mais bien comme un acte pratique. On fait les magasins uniquement parce qu’on a besoin de quelque chose, pas pour passer le temps et " voir ce qu’on pourrait trouver ".
Les boutiques de seconde main et autres brocantes ont un côté " foire aux trésors " qui peut faire perdre son sang froid et donner un côté ludique aux achats, c’est donc important de bien ancrer cette nouvelle vision.
Si c’est particulièrement difficile, assure-toi que tu as suffisamment d’activités (loisirs créatifs, sport, formation…) qui te permettent de passer le temps autrement qu’en achetant des choses, et qui satisfont tes besoins.
Les techniques de la liste et de l’attente, aussi pour les achats de seconde main
Qu’on achète d’occasion ou neuf, il est important de faire une liste des choses dont on a besoin et de se limiter à cette liste lorsqu’on visite une boutique. Et si cette liste est vide, pas de raison de faire les magasins !
Quand tu écris quelque chose sur ta liste, attends toujours au moins une semaine avant d’aller l’acheter. Parfois, on a l’impression d’avoir besoin de quelque chose, mais on ne se rend pas compte que c’est pour de mauvaises raisons (influence extérieure, émotions…). En patientant un peu, on réalise qu’il y a une autre solution, qu’on possède déjà ce qu’il faut.
Avant d’acheter un vêtement, n’hésite pas à refaire un tour dans ton dressing pour t’assurer qu’aucune pièce ne fait l’affaire.
Enfin, il peut arriver que tu aies un coup de cœur pour quelque chose qui n’était pas sur ta liste. Et de temps en temps, tu devrais t’accorder un petit plaisir pour te récompenser de tes bonnes habitudes de consommation. Mais ça ne doit pas arriver à chaque visite dans une boutique et ça doit rester raisonnable et occasionnel.
Au moindre doute, laisse-toi plusieurs jours de réflexion et reviens-y plus tard. Si l’article n’est plus là, ce n’est pas grave, tu auras d’autres occasions.

Boutique ou Internet pour acheter des vêtements d’occasion ?
Après des années à acheter de seconde main, mon meilleur conseil, c’est de toujours acheter dans des lieux physiques où tu peux essayer les vêtements. Lorsqu’on achète sur Internet, neuf ou d’occasion, éthique ou pas, on a tendance à être moins pointilleux·se.
Si on essaie quelque chose en cabine et que ça ne convient pas, c’est plus facile de le remettre en rayon tout de suite, que de renvoyer un article (pour lequel il faut parfois payer des frais de retour). Sur les sites de seconde main, il n’est même pas possible de retourner les articles généralement. C’est comme ça qu’on se retrouve encombré·e de choses qui ne nous conviennent pas parfaitement !
Pour tout type d’objet, je te conseille de t’efforcer de l’acheter un magasin plutôt que sur Internet, même si c’est un peu plus contraignant : on a tendance à être paresseux·se et à garder les objets qui sont déjà chez nous, même quand on peut les renvoyer gratuitement… alors qu’un objet qu’on peut manipuler et qui ne nous convainc pas totalement est rapidement reposé en rayon !
Acheter d’occasion en ligne sans se planter
Si ce n’est pas possible pour toi de te rendre dans des boutiques de seconde main et que ta seule option est l’achat sur Internet, voici quelques conseils supplémentaires :
- Ne te laisse pas influencer par les prix. Sur une boutique en ligne, la comparaison de prix est beaucoup plus facile qu’en magasin. Résultat, on a souvent tendance à regarder en premier lieu les articles dont les prix sont plus bas, plutôt que ceux qui répondent à nos critères habituels. Essaie de sélectionner les articles sans regarder le prix dans un premier temps, et accepte de payer un prix juste pour un vêtement de meilleure qualité.
- Achète des marques que tu connais, si possible. Si tu connais les marques qui taillent bien pour toi, essaie de trouver des vêtements dans cette même marque pour éviter les mauvaises surprises.
- Demande à essayer. Dans le cas où tu achètes quelque chose auprès de quelqu’un dans ta région, et où tu peux te déplacer, demande si la personne accepte de te laisser essayer le vêtement avant de l’acheter. Avant d’y aller, répète-toi que tu n’es pas obligé·e d’acheter le vêtement si tu n’es pas convaincu·e, même si tu as fais le déplacement et " dérangé " la personne.
- Pense aux conséquences. Souvent, les boutiques de vêtements d’occasion en ligne ne permettent pas de renvoyer ses achats. Si quelque chose ne te va pas, tu vas devoir le revendre ou le donner, ce qui demande du temps et de l’énergie… Ça devrait te motiver à bien réfléchir tes achats avant de te lancer !
On récapitule : Les bonnes habitudes à conserver quand on achète de seconde-main
- Établis une liste de besoins préalablement : Avant de te lancer dans une session shopping, identifie ce dont tu as vraiment besoin (et si tu as besoin de quelque chose, pour commencer). Établir une liste de pièces spécifiques t’aidera à rester concentré·e sur des achats réfléchis plutôt que de succomber à des tentations inutiles.
- Privilégie la qualité à la quantité : Opte pour des vêtements de seconde main de qualité, plutôt que d’accumuler beaucoup de pièces très bon marché. La durabilité et la satisfaction à long terme surpassent souvent les économies temporaires réalisées avec des articles pas chers.
- Applique les mêmes critères que pour un achat neuf : Pose-toi des questions essentielles comme " Est-ce que j’en ai vraiment besoin ? ", " Est-ce que cela correspond à mon style ? ", et " Est-ce que je vais réellement l’utiliser ? " avant de valider un achat, même s’il s’agit d’un article d’occasion. En plus, demande-toi si tu l’aurais acheté au prix normal, et si non, pourquoi.
- Évite les achats en groupe : Si tu fais du shopping avec des ami·es, assure-toi que leurs opinions ne t’influencent pas, en te poussant à acheter plus que raison par exemple. Reste fidèle à tes propres critères et goûts personnels.
- Privilégie les magasins physiques : Si possible, choisis des boutiques physiques où tu peux essayer les vêtements avant de les acheter. Cela réduit les risques d’achats basés uniquement sur des impulsions visuelles.
- Revisite régulièrement ta garde-robe : Assure-toi qu’elle ne contient que des vêtements qui te conviennent, passe en revue ce que tu ne portes pas souvent et analyse pourquoi, développe ton propre style pour que tes vêtements s’accordent mieux entre eux.
- Vois le shopping comme une activité pratique, et non un hobby : Mets les pieds dans un magasin (ou connecte-toi à la boutique en ligne) uniquement quand tu as défini que tu avais besoin de quelque chose, concrètement.
Plus de lectures sur les achats de seconde main, le minimalisme, la garde-robe capsule…
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